COMPENDIUM CULTURAL POLICIES AND TRENDS IN EUROPE
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Belgium/ 1. Perspective historique: politique culturelle et instruments  

Auteur: Joris Janssens en coopération avec Delphine Hesters et Isabelle De Vriendtet France Lebon

La Belgique a été créée en 1830, mais on ne peut pas raisonnablement considérer que la politique culturelle commence à cette date ; de même qu’on ne peut pas isoler l’Etat fédéral belge, et encore moins chacune de ses Communautés (française, flamande et germanophone) qui la composent, du reste du monde.

Ainsi, les grandes institutions culturelles emblématiques en Belgique (Musées des Beaux-Arts, d’Art et d’Histoire, Opéra…) préexistent à la création de l’Etat belge. Ces institutions se multiplient et se développent durant le 19e et le 20e siècle ; elles resteront gérées par l’Etat fédéral au moment de la répartition des compétences entre l’Etat fédéral et les entités fédérées (1970).

Depuis la seconde guerre mondiale et comme dans la plupart des pays européens, les politiques culturelles se sont largement développées. Elles ont été marquées par une volonté de démocratisation de la culture centrée sur des valeurs fondamentales liées à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme : éducation pour tous, accès de tous à la culture, liberté d’association et d’expression. Vers la fin des années 60, les politiques culturelles  ont été complétées par une approche centrée sur des objectifs de démocratie culturelle.

En Belgique, les instruments des politiques culturelles sont majoritairement des subventions accordées à des associations non gouvernementales constituées le plus souvent en associations sans but lucratif. En fait les principales politiques culturelles sont réglées par ce qu’on appelle le principe de subsidiarité. Le fondement en est que l’Etat n’a pas à intervenir, en principe, directement en matière culturelle, si ce n’est par des réglementations générales et des subventions. Il laisse l’initiative de l’action aux opérateurs et aux associations.

Outre le fait que cette logique s’inscrit dans un contexte international de développement de la culture où il s’agissait à la fois de réagir par rapport au fascisme connu pendant la guerre, de se démarquer des pays communistes (culture étatique) et des Etats-Unis (la culture réglée par le marché et non par l’Etat), ce principe tire son origine dans l’organisation de la société belge profondément marquée par les «piliers » et leurs clivages chrétien/laïque sur le plan philosophique, socialiste/social chrétien sur le plan politique, le pilier libéral étant faiblement organisé sur les questions culturelles.

Dès les années septante, l’autonomie de la culture et l’autonomie des communautés linguistiques qui composent la société belge (Communautés flamande, francophone et germanophone) à l’égard de l’Etat fédéral sont décidées et organisées institutionnellement. A partir de cette date, l’histoire des politiques culturelles en Belgique se décline sur quatre volets distincts: ceux des trois Communautés et celui de l’Etat fédéral.  Une exception : le patrimoine immobilier va revenir à l’organe des Régions, créées dans les années quatre-vingt[1].

La loi du 16 juillet 1973 dite loi du Pacte culturel, votée au moment de l’autonomisation des Communautés est destinée à protéger les minorités. Elle prévoit aussi différents modes et niveaux de participation à la mise en œuvre des politiques culturelles. Il s’agit notamment de l’obligation de consultation préalable d’organismes représentatifs des composantes professionnelles du secteur ainsi que des différentes tendances politiques et idéologiques. Concrètement l’application de cette loi se traduit par la mise en place de Conseils et Commissions consultatives pour la plupart des réglementations en matière culturelle.

Fédération Wallonie-Bruxelles

1.            Perspective historique

Le Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles  a poursuivi les grandes orientations des politiques culturelles menées par l’Etat fédéral, notamment par le Ministère de l’Education nationale et de la Culture (ces compétences étaient déjà exercées par deux Ministères différents (francophone et flamand) : principalement le soutien à la création artistique, aux artistes professionnels et aux grandes institutions culturelles (Direction générale des Arts et Lettres), mais aussi le soutien à l’animation et à la diffusion culturelles au niveau local  qui commence à se développer (Direction générale de la  Jeunesse et des Loisirs).

Dans les années septante s’élaborent les fondements d’une politique de démocratie culturelle et d’éducation permanente qui, s’appuyant sur les travaux du Conseil de l’Europe, marquera au cours de cette décennie et du début de la suivante un grand nombre de dispositifs réglementaires: décret sur l’éducation permanente des adultes, sur les bibliothèques publiques, renouvellement des politiques de jeunesse, réglementation sur les centres culturels, mise en place de télévisions communautaires, soutien à l’expression et à la créativité, au théâtre-action, relayant de différentes manières l’expression des attentes et des revendications sociales.

Fin des années quatre-vingts et tout au long des années nonante, on assiste aussi à une forme de développement autonome de chaque secteur: le patrimoine, les disciplines artistiques (musiques, théâtre, danse, arts plastiques), l’éducation permanente, la jeunesse, l’audiovisuel, les lettres et le livre confortent leur structuration interne. Les secteurs se professionnalisent, se modernisent, développent des relations sur le plan international.

A partir des années 90, la question de la cohésion sociale traverse – plus ou moins fortement - l’ensemble des secteurs culturels. La culture est considérée comme un facteur de cohésion sociale: elle joue un rôle très important dans le développement des quartiers urbains ; de nombreuses expériences sont menées par les institutions artistiques et par les associations culturelles pour renforcer l’accessibilité de la culture et la participation de tous les groupes sociaux.

La communication et les nouvelles formes d’expressions et de pratiques culturelles issues de la généralisation des nouvelles technologies deviennent également des enjeux majeurs des politiques culturelles.

A partir des années 2000, les priorités ont été mises sur les dimensions transversales et interdisciplinaires, en favorisant notamment les projets de coopération entre plusieurs types d’opérateurs culturels et la mixité des productions culturelles. La coopération entre le secteur culturel, le secteur de l’enseignement et le secteur social se construit également autour de projets favorisant la cohésion sociale et le développement territorial local.

Dans le même temps, le développement de la culture numérique a également été renforcé et a induit de nouvelles réflexions sur les interactions entre économie et culture et des dispositifs de soutien adapté aux industries culturelles.

Le développement des technologies de la numérisation impose une évolution des enjeux et défis culturels, notamment en ce qui concerne la question des droits d’auteur et des droits intellectuels mais aussi pour tout ce qui concerne la conservation du patrimoine et l’archivage. 

A noter aussi,  le développement d’une culture de l’évaluation tant sur le plan quantitatif que qualitatif.  L’évaluation est conçue comme un processus réciproque et participatif, impliquant le pouvoir public, les instances consultatives et bien évidemment l’opérateur culturel.  Ces évaluations alimentent divers travaux et recherches en termes de bilans et d’indicateurs de développement.  Les décrets et réglementations sont également soumis à un processus d’évaluation concertée.

Enfin, complémentairement aux enjeux des secteurs culturels non marchands, se développent des priorités liées à la dimension économique de la culture et à l’importance croissante des industries culturelles, notamment sur le plan de l’emploi. 



[1] 1980 pour les Régions flamande et wallonne et 1989 pour la Région de Bruxelles-Capitale.


Chapitre publié: 22-11-2014

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